L’année
1962 est marquée par la crise des missiles de Cuba, ces quelques
semaines où le monde fut au bord de la Troisième Guerre mondiale.
Si les États-Unis et l’URSS ne
s’engagèrent pas dans un conflit nucléaire,
cette année fut néanmoins celle
où s’affrontèrent deux pays parmi les plus peuplés de ce que
l’on appelait alors le Tiers-monde, l’Inde et la Chine populaire.
La guerre fut courte et
victorieuse pour les Chinois. Si elle ne bouleversa pas profondément
les équilibres de la région elle continue toujours
à assombrir les relations sino-indiennes alors que New-Delhi et
Pékin sont dorénavant
devenus des puissances mondiales.
David FRANCOIS
Aux
origines du conflit.
Au
cœur des massifs de l’Himalaya, l’Inde
et la Chine partagent plus de 2 000 km de frontières communes. Elles
sont dessinées
au cours du 19e
siècle sous la pression des Britanniques qui ont fait de l’Inde,
le joyau de leur Empire mondial. Des
années d’expéditions militaires et de diplomaties ne permettant
pas de résoudre la
question de leurs
tracés, Londres fixe
comme frontière la ligne MacMahon qui ne sera jamais reconnue
par les pouvoirs qui dirigent la Chine durant le 20e
siècle. Pire, cette ligne incorpore
à l’Inde britannique, des territoires que Pékin considère comme
chinois depuis toujours.
![]() |
Les zones disputées entre la Chine et l'Inde |
Deux
zones de tensions existent entre
l’Inde et la Chine,
la première se trouve
au Cachemire, une région de montages, de
bassins versants et de vallées dont
la position
est
stratégique, aux
confins de l’Inde, de la Chine, de l’Afghanistan et de la Russie.
Pékin ne revendique
pas la souveraineté sur l’ensemble de cette région mais sur
l’Aksai Chin un
territoire
au
nord-ouest du plateau tibétain grand
comme la Suisse. La
seconde zone
de tensions
est celle de l’Arunachal Pradesh au nord-est de l’Inde, une
région qui s’étend entre le Bhoutan
et la Birmanie.
Si
la faiblesse de la Chine durant la première moitié du 20e
siècle ne permet pas à Pékin de faire valoir ses droits face aux
Britanniques, les
années 1940 sont marquées par de profonds changements dans la
région. Au sud de
l’Himalaya, en 1947,
Londres
accorde l’indépendance à sa
colonie indienne qui se
divise en deux nouveaux États, l’Inde et le Pakistan, chacun
revendiquant
sa souveraineté sur
le Cachemire. Au nord,
en
1949, les communistes, dirigés
par Mao Tse-toung,
prennent le pouvoir en Chine. Le
gouvernement de New-Delhi est parmi les premiers à reconnaître les
nouvelles autorités chinoises.
L’Inde
accorde peu d’attention en 1947 aux problèmes
de ses frontières avec la Chine. Elle est alors absorbée
dans un
conflit avec le Pakistan concernant le Cachemire où des combats
éclatent en 1947 et durent jusqu’à la fin de 1948. L’intervention
des Nations Unies
met fin au conflit
et fixe la frontière entre les deux pays, frontière qui sera
encore l’objet de combat en 1965 et 1971. L’Inde ne commence
véritablement
à s’inquiéter
des agissements de son voisin chinois qu’en octobre 1950
au moment où l’Armée
populaire de libération (APL)
avance vers Chamdo, une ville à 500 kilomètres à l’est de
Lhassa, et défait les troupes tibétaines. Le gouvernement indien
proteste contre cet usage de la force mais Nehru accepte néanmoins
la mainmise chinoise sur le Tibet. En mai 1951, alors
qu’un traité
sino-tibétain place Lhassa sous la dépendance de Pékin, les
Indiens, en réaction,
envoient une expédition militaire dans les territoires disputés de
l’Arunachal Pradesh.
En
dépit des agissements chinois au Tibet, au
début des années 1950, les relations sino-indiennes demeurent
bonnes. L’Inde fournit ainsi
des approvisionnements à l’armée chinoise et accepte
l’envoi
de travailleurs indiens
pour mettre en valeur le
Tibet. En septembre 1951, en
pleine guerre de Corée,
Chou En-lai, ministre
des Affaires étrangères de Pékin, soucieux
de sécuriser le flanc sud de son pays,
propose à New-Delhi
des négociations afin de régler la question des frontières
communes et reçoit une
réponse favorable de l’Inde. Les
discussions ne débutent pourtant
qu’en 1954 et
aboutissent à la signature
d’un
accord d’amitié et
de non-agression mais
sans que soit réglée
la question des frontières.
![]() |
Mao et ses militaires. |
À
la fin de 1954, la pression du gouvernement chinois au Tibet accroît
le mécontentement dans le pays et provoque une rébellion. Au début
de 1955, les actions armées des rebelles mettent en danger les
lignes de communication chinoises conduisant l’APL à débuter la
construction d’une nouvelle route d’approvisionnement au Tibet.
C’est en mars 1956 que les travaux commencent pour relier l’ouest
du Xinjiang et l’ouest du Tibet à travers le plateau de
l’Aksai-Chin. Les 1 200 km de la route militaire chinoise sont
finalement achevés en octobre 1957. Le gouvernement indien, qui
porte alors peu d’intérêt à cette région, n’en apprend
l’existence qu’en septembre 1957 avant de découvrir en juillet
1958 qu’elle est tracée sur les cartes chinoises, cartes qui
montrent que l’Aksai Chin est intégré au territoire chinois.
New-Delhi envoie alors à Pékin une note de protestation tandis que
deux patrouilles de l’armée indienne sont envoyées en
reconnaissance examiner la route chinoise. Les militaires indiens
sont arrêtés par les Chinois et gardés en détention pendant un
mois.
En
décembre 1958, Nehru écrit à Chou En-lai pour lui rappeler que
l’Aksai-Chin fait partie de l’Inde. Le ministre chinois lui
répond poliment que le tracé de la frontière entre les deux pays
n’a jamais fait l’objet d’un accord formel et que les
revendications indiennes s’appuient sur l’héritage de
l’impérialisme britannique. Il propose néanmoins d’engager des
discussions et, en attendant un accord, de maintenir le statu-quo.
Dans sa réponse en mars 1959, Nehru ne montre aucune volonté de
trouver un compromis sur ce qu’il considère comme les frontières
historiques de l’Inde.
En
mars 1959, les désordres et les combats s’accroissent au Tibet
tandis que le Dalaï Lama quitte le pays et reçoit asile en Inde. La
Chine, qui soupçonne depuis longtemps les Indiens de soutenir les
rebelles tibétains, de nombreux insurgés traversant effectivement
la frontière pour s’approvisionner en armes au Népal et en Inde
avant de retourner au Tibet, souhaite fermer la frontière avec
l’Inde et fait pression pour que la question soit réglée. Nehru
accepte de discuter sur des changements de détails concernant le
tracé des frontières mais seulement si les Chinois se retirent et
renoncent à leurs prétentions sur l’Aksai Chin. Chou En-lai de
son côté refuse les demandes indiennes et propose que les
négociations prennent pour point de départ les positions actuelles
de chaque pays sur le terrain. La situation est dès lors bloquée et
les tensions ne vont cesser de s’envenimer.
![]() |
Soldats indiens dans l'Himalaya |
Les
Indiens, qui se montrent beaucoup plus sensibles aux agissements
chinois dans la région frontalière, commencent à établir des
postes de contrôle dans les zones disputées et à envoyer des
patrouilles jusqu’à la frontière tibétaine. Cela débouche sur
deux escarmouches. La première a lieu dans l’Arunachal Pradesh
quand les Indiens tentent de s’emparer d’un hameau dans une zone
contestée. Des coups de feu sont échangés avant que la patrouille
indienne se retire vers le sud. La seconde, beaucoup plus sérieuse,
se déroule dans le col de Konga à l’ouest du Tibet. Là aussi des
coups de feu sont échangés mais cette fois-ci avec des pertes dans
chaque camp et la capture de la patrouille indienne.
Ces
combats provoquent un tollé dans chaque pays tandis que des lettres
de protestation sont échangées. En septembre 1959, Chou En-lai
maintient la position chinoise et justifie la présence de troupes
par la nécessité d’empêcher les rebelles tibétains de franchir
la frontière. Il ajoute que l’attitude de l’Inde est
provocatrice. Nehru de son côté reste inflexible et répond qu’il
ne peut y avoir d’accord tant que les Chinois n’auront pas évacué
les territoires contestés. C’est à ce moment que le président
américain Eisenhower annonce sa prochaine visite à New-Delhi tandis
que Krouchtchev, lors d’un entretien avec Mao, soutient Nehru ce
qui fait craindre à Pékin la naissance d’un axe qui lui serait
hostile.
A
New-Delhi, la politique de Nehru est néanmoins l’objet de
critiques de la part des militaires. Pour ces derniers, l’envoi de
patrouilles et la construction de postes dans les zones disputées
représentent un risque réel car l’armée indienne ne possède ni
la préparation militaire, ni la logistique nécessaire pour
affronter les forces chinoises à la frontière. Nehru ne l’entend
pas ainsi et fait remplacer les officiers critiques par d’autres
plus dociles. Outre l’erreur de ne pas écouter les militaires, il
fait le pari que les Chinois ne se dresseront pas contre une Inde
soutenue par l’URSS et les États-Unis, qu’ils ne s’opposeront
donc pas aux patrouilles et à l’installation de postes et qu’ils
se retireront finalement des zones contestées sous la pression
indienne.
L’année
1961 renforce Nehru dans l’idée que son pari peut réussir. Cette
année-là, l’armée indienne reçoit des équipements militaires
de l’URSS et des États-Unis qui lui permettent de s’emparer, en
décembre 1961, de Goa, un confetti de l’Empire colonial portugais.
Le soutien militaire des grandes puissances encourage effectivement
New-Delhi à poursuivre une politique agressive dans l’Aksaï Chin.
L’Inde reçoit ainsi 8 transporteurs Antonov, 28 Iliouchine-14 et
des hélicoptères Mil-4 capables de transporter des hommes et du
matériel jusqu’à 5 000 mètres d’altitude. En 1962, elle achète
également deux escadrons de chasseurs Mig. Ce renforcement des
capacités militaires indiennes et l’annexion par la force de Goa
renforcent Pékin dans sa crainte des visées expansionnistes
indiennes.
À
la fin de 1961, Nehru envoie dans l’Aksai Chin assez de troupes
pour établir 43 postes. Certains se trouvent à moins de 150 km de
la route militaire chinoise tandis que prés du col de Konga, trois
postes indiens se trouvent à proximité d’une seconde route
chinoise. Pékin proteste contre ce qu’elle considère comme une
intrusion en territoire chinois. Les escarmouches entre soldats
chinois et indiens se multiplient et en novembre, lorsque l’APL est
obligée de se retirer de la vallée du Chip Chap, Nehru se voit
conforter dans sa politique de confrontation. Malgré les
protestations des militaires qui préféreraient construire une force
cohérente et organiser des lignes de ravitaillement avant d’aller
plus en avant, Nehru ordonne de poursuivre la pression dans l’Aksai
Chin. Au début de 1962, les dirigeants chinois sont de plus en plus
persuadés que les Indiens se préparent à lancer un assaut massif
contre les troupes chinoises et à régler la question des frontières
par les armes.
L’escalade
vers la guerre.
En
1962, si l’APL paraît puissante avec ses 3 millions de
combattants, elle connaît néanmoins de grandes difficultés. Le
désastre économique du Grand Bond en avant impose en effet de
sévères contraintes sur le budget militaire. Les Soviétiques ont
bien fourni des équipements dans les années 1950 mais la
détérioration des relations sino-soviétiques met fin à ces
fournitures en 1960. En 1962, l’armée chinoise manque donc
cruellement d’équipements, de munitions et de carburants comme le
montre la crise du détroit de Taïwan cette même année.
Malgré
ces restrictions, l’APL est bien préparée pour une guerre de
montagnes dans l’Himalaya. Elle a d’abord appris à se battre sur
ce terrain particulier pendant la guerre de Corée dont certains
vétérans servent toujours dans l’armée en 1962. Les militaires
chinois connaissent également bien la région frontalière avec
l’Inde depuis l’invasion du Tibet en 1950. Ils se sont acclimatés
au climat, à l’altitude, ils ont construit des postes et des
routes et ont accru leur mobilité en utilisant les services de
guides tibétains. Ils sont également bien entraînés, habitués à
passer des cols et à franchir des crêtes et équipés avec des
uniformes chauds et des rations suffisantes. Ils peuvent aussi
compter sur le soutien d’une artillerie légère mobile.
![]() |
La tension ne cesse de croître entre la Chine et l'Inde |
Coté
indien, au moment de l’indépendance en 1947, les unités indiennes
de l’armée britannique ont été divisées entre l’Inde et le
Pakistan. Les premières années de la République indienne sont
marquées par une forme de défiance envers l’armée, souvenir du
rôle joué par les militaires dans la guerre civile qui précède
l’indépendance mais surtout produit par le sentiment que le pays
n’est soumis à aucune menace extérieure, Nehru déclarant que
l’Himalaya constitue une barrière suffisante contre la Chine.
Ainsi peu d’efforts sont faits dans les années 1950 dans le
domaine militaire. Le budget consacré à la défense est minime et
l’armée ne compte au milieu des années 1950 que 350 000 hommes,
un nombre qui progressera peu jusqu’en 1962. La puissance de feu
indienne est faible puisque l’artillerie est réduite et souffre
d’un manque d’approvisionnements. L’entraînement des troupes
est limité et presque inexistant pour le combat en montagne. Le
problème majeur que rencontre l’armée indienne concerne la
logistique. Malgré l’aide soviétique, l’Inde manque
d’équipements et de ravitaillements pour ses troupes, notamment
pour des opérations dans l’Himalaya. Les soldats n’ont en effet
que des uniformes d’été, les rations sont insuffisantes laissant
la troupe affamée et il n’y a de tentes que pour abriter la moitié
des hommes. Le transport du ravitaillement aussi est défectueux et
ne parvient aux troupes qu’après un long trajet à dos de bêtes.
Les
services de renseignements indiens sont également défaillants,
ignorant tout à la fois la topographie et le climat de l’Himalaya
mais surtout les tactiques, la mobilité et la puissance des forces
chinoises dans la région. Au final, l’armée indienne cumule les
handicaps : sa puissance de feu, son organisation logistique, sa
préparation à la guerre de montagne et ses effectifs sont
inférieurs à ceux de l’armée chinoise. Dans ces circonstances,
concentrer des unités dans l’Himalaya, comme l’ordonne Nehru,
est une erreur tragique car elle condamne les troupes à une
attrition constante face au froid, aux maladies et à la faim. La
politique d’intimidation de New-Delhi est donc militairement
absurde mais le dirigeant indien croit fermement à l’invincibilité
de son armée face à la Chine.
En
1962, Nehru, ignorant les avertissements des militaires et convaincu
que la Chine reculera, poursuit donc sa politique agressive
d’installation de postes frontières et de patrouilles qui doivent
peu à peu grignoter les territoires sous contrôle chinois et que
revendiquent l’Inde. Au début de l’année, cette stratégie se
traduit par des opérations qui visent, en contournant les postes
chinois, à couper ces derniers de leur ligne de ravitaillements afin
d’obliger l’APL à les abandonner.
Pendant
ce temps, les discussions diplomatiques continuent. En février,
Pékin propose que chaque camp fasse reculer ses troupes de 20
kilomètres pour éviter les accrochages mais New-Delhi reste
intransigeante. Peu à peu les relations entre les deux pays se
dégradent. Dans les premiers mois de 1962, la Chine est confrontée
aux problèmes de la crise du détroit de Taïwan et ne veut à aucun
prix d’un conflit avec l’Inde. Elle continue néanmoins à
revendiquer l’Aksai Chin et augmente le nombre de ses patrouilles à
la frontière à mesure que les Indiens se montrent de plus en plus
audacieux. En juin, quand la crise du détroit de Taïwan s’apaise,
l’attention de Pékin se focalise à nouveau sur l’Himalaya.
La
crise entre l’Inde et la Chine dure alors depuis trois ans et s’il
y eut des escarmouches, le nombre de victimes est resté minime.
Cette situation change en juillet. Alors que précédemment, les
militaires indiens n’avaient le droit d’ouvrir le feu que pour se
défendre, les commandants des postes reçoivent l’ordre de tirer
sur les forces chinoises s’ils sentent leurs positions menacées.
Des combats ont lieu au début du mois dans la vallée de Galwan puis
le 21 dans la vallée de Chip Chap où deux soldats indiens sont
blessés. Pendant ce temps, l’APL se prépare au combat et stocke
des munitions, de l’essence et des vivres le long de la frontière.
En
juin, les militaires indiens établissent un poste à Dhola dans le
district de Tawang dans une zone que l’Inde elle-même reconnaît
comme chinoise. Pékin dénonce une nouvelle agression contre son
territoire et renforce ses capacités militaires au Tibet et au
Xinjiang. Le 11 septembre, Nehru décide que les patrouilles ont
désormais le droit d’ouvrir le feu sur les Chinois présents sur
le territoire indien. Les incidents se multiplient durant les mois
d’août et septembre et le 20 septembre un affrontement plus
sérieux a lieu à Chedong à la jonction des frontières entre
l’Inde, la Chine et le Bhoutan. Des combats sporadiques se
poursuivent dans cette région démontrant que l’Inde est
déterminée à faire reculer la Chine.
Le
26 septembre, le général indien Kaul prend le commandement du 33e
corps dont les troupes sont dispersés, peu armées, sans vêtements
d’hiver et mal ravitaillés. Il n’y a alors que deux divisions
dans les régions contestées Le 5 octobre, Kaul devient le
commandant de toutes les forces frontalières et se prépare déjà à
repousser les Chinois de l’Arunachal Pradesh. Le 9 octobre, il
donne l’ordre au général Dalvi de s’emparer du col de Yumtso La
et envoie une patrouille de 50 hommes s’emparer de Tseng Jong. Au
matin du 10, cette patrouille voit surgir face à elle un bataillon
chinois. Les positions indiennes sont bombardées par des mortiers
mais les Indiens repoussent l’attaque en provoquant de lourdes
pertes coté chinois. Finalement, les troupes de New-Delhi se
retirent vers le sud. Le 12, Nehru donne l’ordre de chasser les
unités chinoises du territoire indien tandis que le 18, devant
l’accumulation de troupes et de matériel, il est évident que les
Chinois se préparent à une attaque d’ampleur.
Le
6 octobre, les dirigeants chinois se réunissent et entendent le
maréchal Lin Biao leur annoncer que l’Inde se prépare à passer à
l’offensive. Ils décident donc de lancer une attaque à grande
échelle pour stopper les Indiens. Le plan chinois prévoie une
offensive principale dans l’Arunachal Pradesh coordonnée avec une
action d’envergure plus modeste dans l’Aksai Chin. Une fois les
Indiens expulsés des territoires contestés, un cessez-le-feu doit
être proclamé suivi d’un retour à la table des négociations. Le
8 octobre, des divisions expérimentées et des troupes d’élite
reçoivent l’ordre de rejoindre le Tibet depuis les régions
militaires de Chengdu et Luzhou. Le 18 octobre, le bureau politique
du PC chinois approuve le plan proposé par les militaires pour une
attaque le 20 octobre.
Ce
jour-là l’APL lance deux offensives à 1 000 km de distance. Au
Cachemire, l’objectif est de chasser les Indiens de la vallée de
Chip Chap tandis que dans l’Arunachal Pradesh, elle cherche à
s’emparer des deux rives de la Namka Chu.
Les
premiers succès chinois.
Dans
la nuit du 19 au 20, trois régiments chinois se préparent à partir
à l’assaut de la 7e brigade indienne qui tient la zone
de la rivière Namka Chu. Les Indiens se battent vaillamment contre
un ennemi supérieur en nombre mais leurs positions sont peu à peu
débordées. Les Chinois prennent rapidement le contrôle de la
rivière tandis que la 7e brigade perd sa cohésion et
doit battre en retraite.
Le
plan chinois est alors de s’emparer de Tsangdhar et Hathung La pour
couper toute voie de retraite et d’approvisionnement aux Indiens.
Il est parfaitement conçu pour une armée qui bénéficie de la
supériorité à la fois en hommes et en puissance de feu. Les
survivants des troupes indiennes battent en retraite sur Tawang
tandis que la 7e brigade cesse d’exister comme force
combattante. Les troupes qui restent en état de combattre, soit deux
bataillons d’infanterie et d’artillerie, reçoivent l’ordre de
tenir Tawang à tout prix.
![]() |
L'artillerie chinoise en action |
Immédiatement
après le succès sur la Namka Chu, les Chinois développent des
attaques dans trois directions qui convergent sur Tawang. La ville
est peu propice à la défense et les Indiens décident de l’évacuer
le 23 octobre. Le lendemain, les Chinois s’en emparent tandis que
les troupes indiennes se réfugient à Se La avec l’intention de se
renforcer et de se défendre. Pendant ce temps dans toute la région
de Tawang, l’APL s’empare des postes indiens. Les 24 et 25, dans
l’est de la région, les Chinois attaquent Walong mais dès le 25,
le front de l’Arunachal Pradesh connaît une accalmie, les forces
chinoises n’avançant pas au-delà de Tawang qui se trouve à 15
kilomètres au sud de la zone qu’ils revendiquent.
Dans
le même temps des combats importants se déroulent dans l’Aksaï
Chin. Le 20 octobre, simultanément à l’attaque dans l’Arunachal
Pradesh, les Chinois partent à l’assaut des postes indiens dans
les vallées de Chip Chap et de Galwan et prés du lac Pangong. Le
poste de Galwan est pris le 20 octobre tandis que d’autres, plus
petits, sont submergés, les garnisons capturées ou tuées. Devant
l’ampleur de l’attaque, le commandement indien demande aux
troupes qui tiennent les postes de la région de se retirer vers le
sud-ouest. Le 21, après de violents combats, l’APL a capturé
l’ensemble des postes sur la rive nord du lac Pangong. De nombreux
postes indiens ont été évacués mais ne sont néanmoins pas
occupés par les Chinois car ils se trouvent trop au sud des
territoires qu’ils revendiquent. Après le retrait de ses troupes,
le général Daulat Singh organise rapidement ses unités pour faire
face à de nouvelles attaques. Début novembre, trois brigades
comprenant quatre bataillons d’infanterie se tiennent prêtes.
![]() |
L'armée indienne sur la défensive |
Après
ses victoires d’octobre, l’APL marque une pause permettant la
reprise de l’activité diplomatique. Le 24 octobre, Chou En-lai
demande d’ouvrir des négociations mais Nehru lui répond en
proposant un retour aux positions tenues le 8 septembre. Pékin va
alors jusqu’à proposer de reconnaître les revendications
indiennes dans l’Arunachal Pradesh en échange de l’Aksai Chin.
Sur
le plan international, l’URSS, le principal soutien de l’Inde
depuis les années 1950, approuve les propositions de paix chinoises,
d’autant qu’avec la crise des missiles à Cuba, Moscou porte peu
d’attention au conflit sino-indien. Sans le soutien soviétique,
New-Delhi se tourne vers Londres et Washington qui envoient des
fournitures militaires début novembre tandis que les Américains
étudient la possibilité d’envoyer des navires dans le golfe du
Bengale.
Alors
que le Parlement indien adopte une résolution qui appelle à chasser
les Chinois du territoire indien, Pékin veut toujours une solution
diplomatique à la crise et laisse donc ses troupes l’arme aux
pieds durant les deux premières semaines de novembre. Face à
l’intransigeance indienne, le 14 novembre, les combats reprennent.
La
déroute indienne.
Dans
l’est de l’Arunachal Pradesh, après la chute de Tawang, le plan
de retraite indien prévoyait un repli sur Bomdila, le point le plus
au nord où il était possible d’organiser une logistique efficace.
Mais les ordres finaux ordonnent un retrait sur Se La qui apparaît
comme une position défensive idéale. Le col de Se La contrôle en
effet la route qui va à Bomdila et domine celle qui conduit à
Tawang. De plus de chaque côté du col, les pics dominent la région.
Mais Se La se trouve en altitude avec un climat rude tandis que la
position est loin de Bomdila d’où parvient le ravitaillement. La
décision de tenir cette position étend aussi considérablement la
zone à défendre dans une région d’altitude où les routes sont
mauvaises.
Soucieux
de reprendre l’initiative, le commandement indien envoie la 11e
brigade de la 2e division dans le secteur de Walong à
l’ouest de l’Aurnachal Pradesh le 31 octobre. Ce détachement qui
comprend trois bataillons d’infanterie ne se prépare pas à
défendre le secteur mais à passer à l’attaque contre les
Chinois, le 14 novembre, jour de l’anniversaire de Nehru. Ce
jour-là, deux compagnies indiennes soutenues par des mortiers et de
l’artillerie se lancent à l’assaut d’une colline tenue par une
compagnie chinoise. Mais les Indiens sont repoussés tandis que l’APL
lance une contre-attaque. Les Indiens battent en retraite et sont
poursuivis par les Chinois qui débordent les défenses adverses.
L’ordre est alors donné aux soldats indiens de se retirer mais de
nombreuses unités ne le reçoivent pas et se font tuer sur place.
Les restes de la brigade indienne se réfugient alors dans la vallée
de Lohit, l’APL préférant ne pas les poursuivre.
![]() |
La capture de soldats indiens par l'APL |
Quelques
heures après la défaite de Walong, les combats reprennent dans
l’Aksai Chin et à Se La. Dans le Cachemire, le commandement indien
concentre des troupes notamment autour de Chushul, une région où
certaines des positions sont à des altitudes d’environ 4 500
mètres et où il n’y a aucune forêt pour permettre de construire
des défenses ou même se réchauffer. Les forces qui se trouvent à
l’est de cette bourgade se retrouvent dans le territoire revendiqué
par Pékin. Tous les autres postes indiens dans l’Aksai Chin ont
été évacués ou sont tombés. Chushul devient alors pour les
Indiens un point-clef afin de bloquer une attaque chinoise sur la
ville de Leh.
Le
17 novembre, une puissante force chinoise marche depuis l’ouest sur
Chushul et dans les premières heures du 18, l’artillerie de l’APL
ouvre le feu sur les positions indiennes. Les soldats chinois se
lancent à l’assaut frontalement mais sont repoussés. Ils
contournent donc les positions indiennes qu’ils prennent de flancs
après de durs combats. Les pertes indiennes sont sévères, ainsi il
ne reste plus que trois survivants d’une compagnie entière. Cinq
heures après le début de l’attaque, les Indiens sont chassés des
zones revendiquées par la Chine. Ils se regroupent alors pour
défendre Chushul que les Chinois pourtant n’attaqueront pas. La
guerre dans le Cachemire est terminée alors que l’ensemble de
l’Aksai Chin est désormais sous contrôle chinois.
Dans
la région de l’Arunachal Pradesh, les forces indiennes continuent
de se renforcer dans le secteur de Se La-Bomdila. Elles regroupent 10
bataillons d’infanterie appuyés par des mortiers, de l’artillerie
et une douzaine de blindés. Si ces forces avaient été concentrées,
elles auraient représenté une puissante force défensive, mais
elles se retrouvent éparpillées sur une centaine de kilomètres sur
la route entre Se La et Bomdila. Cinq bataillons sont à Se La, trois
à Bomdila et deux à Dirang Dzong entre Se La et Bomdila. Le village
de Dirang Dzong, où s’installe le commandement indien de la
région, est pourtant peu adapté à la défense d’autant qu’il
est accessible par de nombreux sentiers de montagne. Les Indiens sont
conscients qu’en empruntant ces derniers, les Chinois peuvent
déboucher à Thembang entre Dirang Dzong et Bomdila. Pour éviter
cette éventualité une compagnie tient donc Phutong et une autre
Poshing La.
Le
15 novembre, un bataillon chinois attaque la compagnie indienne qui
tient Poshing La et l’anéantit. Le commandement indien, qui ne
veut pas croire qu’un bataillon a pu emprunter les sentiers de
montagne, envoie un second bataillon de Bomdila en direction de
Poshing La. Une troisième compagnie quitte également Bomdila pour
renforcer les positions à Dirang Dzong.
![]() |
Les difficultés de la logistique indienne |
La
compagnie envoyée sur Poshing La creuse des tranchées à Tembang le
matin du 17 novembre. Peu avant midi, elle est attaquée par 1 500
soldats chinois. Les Indiens résistent pendant 3 heures mais, en
raison de la logistique défaillante, ils manquent rapidement de
munitions. Avec la nuit tombante, ils commencent donc à se retirer
mais dans l’obscurité et la végétation épaisse cette retraite
se transforme vite en débâcle. Aucun des soldats ne parvient à
rejoindre Bomdila et quelques-uns seront retrouvés, des semaines
plus tard, errant dans les plaines au sud. Encore une fois la
supériorité chinoise et les problèmes logistiques indiens
conduisent à une nouvelle défaite pour New-Delhi. Surtout les
Chinois tiennent maintenant solidement la route entre Bomdila et
Dirang Dzong, isolant 10 000 Indiens qui se trouvent au nord-est vers
Se La et Dirang Dzong.
Toujours
le 17 novembre, l’APL lance cinq assauts contre Se La mais la ville
est bien défendue et chaque attaque chinoise est repoussée. Avec
cinq bataillons et de l’artillerie, les forces qui tiennent Se La
sont importantes mais leur ligne de ravitaillement est coupée quand
les Chinois prennent Tembang. Les unités indiennes qui tiennent
Dirang Dzong essayent quant à elles de se frayer un chemin en
direction de Bomdila. Les embuscades chinoises mettent fin à cette
tentative tandis que quelques survivants réussissent néanmoins à
atteindre les plaines du sud. Les troupes qui tiennent Se La se
retirent également, d’abord en bon ordre en repoussant les
premières unités chinoises qu’elles rencontrent. Mais la colonne
indienne se retrouve rapidement sous le feu de mitrailleuses lourdes.
Les différentes tentatives pour briser l’encerclement chinois
échouent et la route vers le sud est définitivement fermée.
Finalement, toujours sous le feu chinois, les troupes en retraite
parviennent à atteindre les plaines après avoir subi de nombreuses
pertes.
Le
18 novembre, la 48e brigade indienne, soit six compagnies
d’infanterie, reste la seule force à défendre Bomdila. Les
soldats construisent des positions défensives et positionnent leurs
mortiers et leur artillerie en attendant des renforts. L’impéritie
du commandement et des communications indiennes va alors à nouveau
frapper. Le général Kaul, ignorant que Dirang Dzong a été évacué,
ordonne à deux compagnies d’infanterie, de l’artillerie et les
blindés de quitter de Bomdila pour aller renforcer les unités à
Dirang Dzong.
Seulement
10 minutes après le départ de la colonne indienne, les forces
chinoises passent à l’attaque. Les fantassins de la colonne
essayent de retourner sur leur position de départ mais celles-ci
sont déjà occupées par les Chinois laissant les Indiens à
découvert. Un second assaut chinois submerge finalement les
positions indiennes. Les tentatives de contre-attaques débouchent
sur des échecs obligeant le général Singh à ordonner la retraite
sur Rupa.
![]() |
Le retour des prisonniers indiens |
À
Rupa, la 48e brigade organise la défense, mais elle
reçoit rapidement l’ordre de battre en retraite jusqu’à la
limite des plaines. Après son départ de la ville, Singh reçoit
l’ordre de Kaul de faire demi-tour mais quand il arrive à Rupa,
c’est pour constater que les Chinois tiennent les positions autour
de la bourgade rendant impossible la défense de la localité. La 48e
brigade, harcelée par les forces chinoises, prend alors la route
pour Chaku qu’elle réussit à atteindre. Elle n’a plus alors que
la taille d’un bataillon. C’est à ce moment que les Chinois
attaquent de trois côtés décimant les restes de la brigade dont
des groupes éparpillés fuient vers le sud.
Avec
la disparition de la 48e brigade, il n’y a plus aucune
force militaire organisée indienne dans l’Arunachal Pradesh, ni
dans l’Aksai Chin. Militairement, la victoire chinoise est
complète. Face au désastre, le 20 novembre, Nehru lance un appel
aux Américains pour qu’ils interviennent militairement contre les
Chinois en lançant des raids aériens contre l’APL. Mais Pékin
décide unilatéralement d’un cessez-le-feu le 22 novembre.
Conclusion.
Le
20 novembre, l’APL a éliminé toutes les forces indiennes qui se
trouvent dans les territoires frontaliers revendiqués par la Chine.
Pékin préfère alors mettre fin au conflit et ne cherche pas à
profiter de son avantage. Au contraire, si la Chine veut conserver
l’Aksai Chin, elle accepte de laisser à l’Inde les territoires
disputés dans l’Arunachal Pradesh. Au total, Pékin propose de
laisser 68 % des territoires contestés à l’Inde et n’en
conserve que 32 %, essentiellement dans l’Aksai Chin qui
représente pour elle un territoire stratégique avec sa route
militaire. Nehru accepte le cessez-le-feu chinois et les conditions
posées par Pékin. À partir de décembre, la Chine commence donc à
relâcher les Indiens fait prisonniers lors des combats.
Nehru
a fait le pari dangereux que la Chine ne ferait pas la guerre pour
les zones contestées et qu’elle s’en retirerait même si l’Inde
faisait suffisamment pression sur elle. Mais pour que ce pari
réussisse, il fallait qu’il soit validé par une évaluation
exacte des forces en présence. Or Nehru ignore délibérément les
avertissements de ses officiers qui l’ont mis en garde contre
l’impréparation de l’armée indienne. Les dirigeants indiens
ignorent également que les troupes chinoises sont incroyablement
supérieures en nombre le long de la frontière, bien préparées à
la guerre de montagne et disposent d’une bonne logistique.
La
préparation logistique est en effet vitale pour n’importe quelle
opération militaire. Dans ce domaine, l’Inde est largement
déficiente. En de nombreuses occasions, les troupes indiennes
manquent de munitions et de nombreux soldats mourront de froids
tandis que les Chinois ont accumulé des stocks au Tibet. Les troupes
indiennes sont également mal préparées à la guerre de montagne.
Le commandement indien est également défaillant. Si dans l’Aksai
Chin, il reste bien organisé, dans l’Arunachal Pradesh la
confusion règne, notamment en raison des nombreux changements de
cadres. Ainsi des unités sont envoyées sur des positions déjà
occupées par les Chinois. Le général Kaul quant à lui ignore
souvent les avis de ses subordonnés, se montre indécis, changeant
ses ordres après les avoir donnés. Immédiatement après le
cessez-le-feu, il sera relevé de ses fonctions puis limogé.
![]() |
Soldats chinois et indiens en 2012 |
Bien
que vaincue, l’Inde tire des avantages du conflit. D’abord le
pays se trouve uni comme jamais avant tandis que l’influence du
Parti communiste indien s’effondre. Surtout, l’Inde prend
conscience de ses faiblesses militaires. Elle va doubler ses
effectifs dans les deux années suivantes et améliorer
considérablement l’entraînement de ses hommes et son organisation
logistique. La guerre joue également un rôle important dans ses
relations avec le Pakistan. Constatant à cette occasion la faiblesse
militaire de son voisin, Islamabad se croit en position favorable
pour régler la question du Cachemire ce qui débouche sur la guerre
de 1965.
La
guerre des frontières change profondément le climat militaire et
politique en Asie du sud-est. La victoire chinoise scelle au profit
de Pékin le sort du Tibet, source de tension avec l’Inde. Surtout
la question des frontières n’a pas été réglé à l’issue de
la guerre de 1962. L’Inde continue à revendiquer l’Aksai Chin
tandis que Pékin appelle toujours l’Arunachal Pradesh le Tibet du
sud ce qui provoque de nombreux incidents. Ces disputes territoriales
conduisent à une forte militarisation de la région. Chaque camp a
construit des infrastructures de communication, des bases aériennes,
des avant-postes tout en déployant de nombreuses troupes, l’Inde
utilisant des unités paramilitaires tibétaines pour des opérations
de renseignements. Les escarmouches sont fréquentes et les risques
d’une escalade vers un conflit ouvert toujours d’actualité.
La
guerre de 1962 est aussi à l’origine d’une forte méfiance et
d’une rivalité entre la Chine et l’Inde. Pékin soupçonne
toujours New-Delhi d’essayer de saper son autorité sur le Tibet
avec l’aide des États-Unis tandis que l’Inde voit son voisin du
nord comme une puissance nationaliste et agressive qui cherche à
dominer l’Asie. Chaque camp a développé un système d’alliance
pour faire contrepoids à celui de son rival, la Chine avec le
Pakistan et l’Inde avec l’URSS tandis qu’une lutte d’influence
entre les deux pays s’exerce au Népal et en Birmanie. New-Delhi
est ainsi devenue particulièrement méfiante devant ce qu’elle
considère comme des intrusions chinoises dans l’Asie du Sud alors
que Pékin voie d’un mauvais œil l’implication indienne
croissante dans les affaires de l’Asie du sud-est et plus
particulièrement dans la mer de Chine méridionale.
Bibliographie :
Eric
Margolis, War at the Top of the World : The Struggle for
Afghanistan, Kashmir and Tibet, Routledge, 2002.
Steven
A. Hoffmann, India
and the China crisis,
University of California Press, 1990.
Neville
Maxwell, India's
China War,
Pantheon
Books,
1971.
Xiaobing
Li, A
History of the Modern Chinese Army,
The University Press of Kentucky, 2007.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire