Bien que la principale zone de
conflit de la Première Guerre mondiale se trouve en Europe, les
armées de la Grande-Bretagne, de la France, de la Russie, de
l’Allemagne, de l’Empire ottoman se combattent également en
Afrique, en Asie et dans le Pacifique. Parmi les moins connus de ces
champs de bataille dispersés à travers le monde se trouve ce que
l'on appelle alors la Transcaucasie. L’effondrement de l’Empire
tsariste déstabilise le vaste territoire qui va du Caucase aux
frontières de l’Inde qui devient alors un lieu de confrontation
entre les puissances en guerre. Si la région suscite bien des
convoitises c’est d’abord parce qu’elle est une zone
stratégique reliant la Méditerranée et l’Europe à l’Asie
centrale. Mais à ce motif ancien, fruit des nombreuses guerres qui
opposèrent par le passé les Russes et les Ottomans, s’en ajoute
un nouveau en ce début de 20e siècle, le pétrole.
Bakou
est emblématique de l’importance géopolitique que représente
alors le Caucase. La ville, aux confins de la Russie et de la Perse,
port sur la mer Caspienne ouvrant sur l’Asie centrale est également
au centre d’un riche
champ pétrolifère. La ville devient au début de l’année 1918 le
centre d’une lutte féroce où s’affrontent Ottomans,
Britanniques et Soviétiques alors que les nationalités locales,
géorgiennes,
arméniennes et azerbaïdjanaises affirment leur volonté
d’indépendance. Épisode méconnu de la Première Guerre mondiale,
la bataille pour le contrôle de Bakou préfigure les affrontements
qui, jusqu’à nos jours, démontrent le rôle clef que joue la
région du Caucase.
Bakou,
ville stratégique
La
région de Bakou est
connue depuis longtemps pour sa richesse en pétrole exploitée à
partir de sources et de fosses peu profondes.
Au 19e
siècle, les autorités tsaristes s’intéressent
de plus en plus à cette ressource naturelle et, pour encourager
l’exploitation pétrolière,
elles réalisent un forage dans ce qui
deviendra par la suite l’immense champ pétrolifère de Bibi-Eybat.
C’est à la fin du siècle que les Occidentaux commencent
à s’intéresser au riche potentiel de la région. La première
société étrangère à s’installer est celle des frères Nobel
rapidement suivie par celle des Rothschild. L’industrie
pétrolière se développe rapidement et en 1898, la Russie devient
le plus grand pays producteur de pétrole et occupe
cette place
jusqu’en 1902.
Au début du 20e
siècle, plus de 50% du pétrole mondial est
ainsi produit dans la région de Bakou.
La
ville qui ne compte que 2 500 habitants au début du 19e
siècle devient un centre commercial et industriel important attirant
une population de plus en plus nombreuse qui se chiffre à près de
200 000 personnes à la fin du siècle. La
construction du chemin de fer reliant la ville au port de Batoumi
sur la mer Noire
fait de Bakou un carrefour stratégique sur la voie reliant
la Russie, l’Iran et l’Asie centrale
via la mer Caspienne.
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Bakou en 1900 |
En 1917, au moment où, à
Petrograd, les bolcheviks prennent le pouvoir, les armées russes
contrôlent encore les régions de la Transcaucasie et une partie de
l’Anatolie orientale depuis 1916. Mais à l’ouest, les armées de
l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie occupent la Pologne et
menacent l’Ukraine. Le peuple russe est alors las de la guerre
tandis qu’une grande partie des soldats souhaite retrouver leur
foyer. Le nouveau pouvoir bolchevik doit prendre en compte cette
aspiration à la paix s’il veut survivre. Le décret sur la paix
est le premier acte de politique étrangère du nouveau gouvernement.
Lénine propose alors à tous les peuples et gouvernements engagés
dans le conflit l’ouverture immédiate de négociations pour « une
paix démocratique et juste sans annexions ni indemnités ».
Les Alliés considèrent la
démarche de Lénine comme une véritable trahison des engagements
pris par la Russie tsariste et confirmés après la Révolution de
février par le gouvernement provisoire et Kerenski. Le retrait
unilatéral du conflit mondial de la part de la Russie risque en
effet de donner un avantage décisif aux Empires centraux. En mars
1917, les Allemands disposent de 76 divisions sur le front oriental,
représentant environ 2 millions de soldats. Le transfert de ces
unités vers le front occidental soulève la possibilité d’une
victoire allemande sur les Alliés. Il est donc vital pour ces
derniers que l’Allemagne et ses alliés soient contraints de
laisser des troupes à l’Est. Cette question fait l’objet d’un
mémorandum du gouvernement britannique du 21 décembre 1917 qui
demande de maintenir des contacts réguliers en Ukraine, auprès des
Cosaques, en Finlande, en Sibérie et dans le Caucase. Il s’agit
d’empêcher l’Allemagne et ses alliés de placer ses régions
sous leurs tutelles et de s’emparer de leurs ressources naturelles.
Les Britanniques, qui se sont entendus avec les Français le 23
décembre 1917 pour se partager des zones d’influence en Russie et
se sont vu attribuer celle du Caucase, redoutent une expansion
ottomane au cœur de cette région.
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Champ pétrolifère de Bakou |
Les préoccupations britanniques
concernant le développement d’un mouvement pan-turque résultent
de la perspective de voir le gouvernement ottoman retrouver, à la
faveur du décret sur la paix bolchevik, les territoires perdus en
1916 en Anatolie orientale et en Transcaucasie. À la faveur des
négociations germano-soviétiques, le gouvernement ottoman avance en
effet ses revendications concernant le Caucase où vit une importante
communauté musulmane et laisse entrevoir ses ambitions
expansionnistes dans cette région, mettant ainsi en danger les
positions britanniques en Orient.
Le Caucase et la paix de
Brest-Litovsk.
Peu de temps après la
Révolution bolchevique, le Caucase apparaît pour Londres comme une
région vitale pour la sauvegarde de ses intérêts notamment en
Perse, en Afghanistan mais surtout en Inde. À la fin de 1917, les
craintes de Londres semblent fondées puisque tout indique une
occupation imminente de la Transcaucasie par les armées ottomanes,
point de départ d’une possible unification des populations
musulmanes turcophones du Caucase, de la Trancaspienne et de l’Asie
centrale sous la bannière du Sultan de Constantinople. Les autorités
ottomanes ont bien compris que la décision de Lénine de cesser la
guerre leur fournit la possibilité d’exercer leur influence dans
le Caucase sans rencontrer d’opposition sérieuse. Enver Pacha, le
ministre de la Guerre, commence à planifier une offensive pour
s’emparer de Bakou et unir les populations turcophones d’Asie
centrale sous une direction ottomane.
Au cours des négociations de
paix entre les puissances centrales et la Russie soviétique, les
attentes ottomanes concernant le Caucase ne cessent de croître. Au
final, les délégués turcs demandent la cession des districts
d’Ardahan, de Kars et de Batoumi qui avaient été cédés à la
Russie lors du traité de Berlin de 1878. Le traité de
Brest-Litovsk, signé le 3 mars 1918, leur donne satisfaction. Les
trois districts demandés sont rattachés à l’Empire ottoman et
permettent à celui-ci d’accroître son influence dans tout le
Caucase notamment avec le contrôle de Batoumi, le port où transite
une part importante du pétrole de Bakou.
La cession des districts de
Kars, Ardahan et Batoumi provoque immédiatement une vive inquiétude
dans le Caucase. La région est alors au bord du chaos après la
chute du gouvernement provisoire de Kerenski. Dans le nord du
Caucase, les cosaques du Terek refusent de reconnaître l’autorité
du gouvernement bolchevik. Les populations montagnardes et celles du
Daghestan suivent cet exemple et à la suite d’une série de
réunions communes, les autorités des cosaques du Terek et des
montagnards mettent en place un gouvernement provisoire du
Terek-Daghestan au début de décembre 1917. Ce gouvernement contrôle
rapidement l’ensemble de la région du nord du Caucase, établissant
sa capitale à Vladikavkaz.
Au sud des monts du Caucase,
s’étend la Transcaucasie où vivent les Géorgiens, les Arméniens,
les Azerbaïdjanais et d’autres minorités. En novembre 1917, à la
suite de la Révolution d’Octobre, une réunion de représentants
géorgiens, arméniens et azerbaïdjanais a lieu à Tiflis et crée
un gouvernement provisoire pour la région sous le nom de
Commissariat transcaucasien. Ce dernier déclare d’abord son
intention de conserver son pouvoir jusqu’à la réunion de
l’Assemblée constituante russe puis, quand cette dernière est
dissoute par les bolcheviks le 19 janvier 1918, il met en place une
assemblée représentative, le Seim. En avril 1918, ce dernier
proclame l’indépendance de la Transcaucasie qui devient une
République fédérative démocratique.
Le Seim ne reconnaît pas le
traité de Brest-Litovsk malgré ses efforts pour entamer des
négociations séparées avec les Ottomans en février 1918. Au
moment où l’armée turque se concentre sur le front caucasien et
que la Russie négocie une paix humiliante, des pourparlers directs
avec l’Empire ottoman semblent en effet le moyen le plus réaliste
d’éviter une annexion turque. Deux jours avant la conclusion de la
paix de Brest-Litovsk, le Seim désigne donc une délégation pour
négocier avec les Turcs. Les pourparlers débutent à Trébizonde,
au sud-est de la mer Noire, à partir du 14 mars mais se heurtent
rapidement à la demande ottomane de reconnaître comme préalable à
toute discussion l’annexion des districts de Kars, Ardahan et
Batoumi.
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Turcs et Britanniques dans le Caucase |
Début avril, les troupes
ottomanes franchissent la frontière de 1914. Le Seim mobilise ses
troupes pour empêcher l’invasion des trois districts mais dès le
4 avril les Turcs prennent Sarikamis puis chassent les troupes du
général arménien Nazarbekov de Kars. Pendant ce temps, le 7 avril,
le 4e corps ottoman prend Van pendant que le long de la
mer Noire des unités marchent en direction de Batoumi. Sur la route
qui les conduit à travers la partie orientale de la Transcaucasie,
les Turcs reçoivent le soutien des Tatars azerbaïdjanais.
À
la mi-avril, l’avancée ottomane dans le Caucase oblige finalement
le gouvernement de la République transcaucasienne à accepter
l’offre turque d’une nouvelle conférence à Batoumi. Lors de
celle-ci, en mai, les Turcs présentent un projet de traité dans
lequel ils revendiquent les régions d’Akhaltsikhé
et d'Akhalkalaki
en Géorgie, celle de Surmali et une partie
de celles d’Alexandropol et d’Etchmiadzin
en Arménie. Outre ces
revendications territoriales, ils demandent également des privilèges
sur le commerce, la navigation, le trafic frontalier et une forte
réduction des forces armées de la République transcaucasienne.
La perspective d’une mise sous
tutelle de l’ensemble de la région par les Ottomans se précise
d’autant que les musulmans azerbaïdjanais ne s’y opposent pas.
Les Arméniens craignent une telle situation, mais ils n’ont alors
plus les forces nécessaires pour s’y opposer. Les Géorgiens quant
à eux, craignant d’être isolé, approchent le général allemand
von Lossow pour lui demander la protection du Reich. Les Allemands
qui souhaitent contrôler le pétrole et les autres ressources
naturelles du Caucase à leur bénéfice profitent de cette demande
pour installer une base solide dans la région et contrer l’influence
ottomane. Le colonel von Kressenstein dirige un détachement qui
s’installe à Tiflis et entre en contact avec la Diète géorgienne.
La protection allemande permet à cette dernière de proclamer
l’indépendance de la Géorgie le 26 mai mettant ainsi fin à
l’existence éphémère de la République transcaucasienne. Deux
jours plus tard, l’Arménie et l’Azerbaïdjan proclament à leur
tour leur indépendance.
Le 4 juin, les trois nouvelles
républiques du Caucase signent des traités séparés avec les
autorités ottomanes à Batoumi. Elles acceptent les demandes
turques, cédant de l’espace afin de gagner du temps. Ainsi, en
juin 1918, l’Empire ottoman n’a pas seulement rétabli dans la
région ses frontières de 1914 mais également celle de 1878.
L’accord conclu avec le gouvernement azerbaïdjanais stipule aussi
l’octroi d’un soutien militaire turc pour assurer la stabilité
intérieure et la sécurité du pays. En vertu de cette disposition,
une armée ottomane renforcée par des Azerbaïdjanais et des
volontaires musulmans se met en marche en direction de la Caspienne
pour combattre les bolcheviks et les Arméniens qui tiennent Bakou.
Cette armée est placée sous les ordres du frère cadet d’Enver
Pacha, Nouri Pacha, un extrémiste de la cause pan-turque. En prenant
le contrôle de la route de Kars à Bakou via Djoulfa, l’objectif
pour Ottomans est d’asseoir leur influence dans le Caucase mais
également de menacer la Perse sous contrôle britannique.
La Commune de Bakou.
Au début de 1918, alors que les
troupes turques pénètrent dans le Caucase après l’impasse des
pourparlers de Trébizonde, à Bakou se déroulent des affrontements
majeurs entre les musulmans locaux et les bolcheviks. La ville est
alors la seule cité de Transcaucasie sous le contrôle des
bolcheviks. Après la Révolution de février, un système de double
pouvoir a vu le jour à Bakou avec d’un côté la formation, sur
ordre du gouvernement provisoire de Petrograd, d’un Comité
exécutif des organisations publiques et de l’autre un Soviet des
députés ouvriers de Bakou qui lors de sa première réunion élit
Stepan Chaoumian à sa tête. Contrairement à ce qui se passe à
Petrograd ou à Moscou, les bolcheviks de Bakou n’essayent pas de
s’emparer du pouvoir par la force, préférant un changement
politique à long terme, une transition pacifique par le biais d’une
prise de contrôle du gouvernement local.
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Stepan Chaoumian, le dirigeant bolchevik de Bakou |
La population de Bakou se
compose alors principalement de trois nationalités, les Russes, les
Arméniens et les Azerbaïdjanais. Chaque groupe ethnique possède sa
propre organisation politique. Les Arméniens se concentrent autour
du Dachnak, un parti socialiste modéré favorable à l’unité
nationale arménienne. La majorité des Azerbaïdjanais soutient le
Moussavat, un parti laïc nationaliste tandis que les Russes se
partagent entre les mencheviks et les socialiste-révolutionnaires.
Si depuis la Révolution de février, les bolcheviks sont l’objet
d’une sympathie croissante, la véritable question à Bakou est
celle d’un possible conflit ethnique entre les communautés
arméniennes et musulmanes.
Lorsque le front du Caucase se
désintègre à la suite du décret sur la paix, le Soviet de Bakou
ne dispose d’aucune force militaire et doit s’allier aux Dachnaks
qui dirigent des unités de volontaires arméniens. Cette situation
ne fait qu’accroître les tensions ethniques et religieuses en
provoquant la colère des musulmans de Bakou. Dans cette atmosphère
instable, les musulmans prennent les armes avec le soutien de la
cavalerie tatare de la division Sauvage transférée de Petrograd à
la suite de l’échec du putsch du général Kornilov. Dès le début
de 1918, des combats sporadiques éclatent dans le Caucase entre les
musulmans et les Russes et les Arméniens.
A Bakou, le conflit commence le
24 mars lorsqu’un détachement de soldats musulmans de la division
Sauvage arrive dans la ville et refuse d’être désarmé par les
autorités du Soviet. Dans un premier temps, les Arméniens se
déclarent neutres dans un conflit qui oppose seulement les musulmans
au Soviet mais rapidement l’affrontement se transforme en guerre
ethnique et religieuse avec l’intervention des unités arméniennes.
Les combats durent trois jours, causant la mort de prés de 3 000
volontaires musulmans, avant que les bolcheviks et les Arméniens ne
l’emportent.
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Combattants arméniens |
Par la suite cet épisode sera
décrit dans l’historiographie soviétique comme la victoire des
forces révolutionnaires sur les contre-révolutionnaires du
Moussavat, du Dachnaks, des SR et des mencheviks. Le soutien arménien
aux bolcheviks est balayé afin de présenter l’événement comme
une victoire du prolétariat de Bakou sur la bourgeoisie
azerbaïdjanaise. En réalité, les bolcheviks s’appuient et
utilisent les rivalités ethniques pour renforcer leurs positions.
Les musulmans vaincus et les Arméniens affaiblis par la bataille,
personne ne peut plus s’opposer à leur prise du pouvoir. Le
Conseil des commissaires du peuple est mis en place lors d’une
réunion du Soviet de Bakou le 25 avril et se déclare organe du
gouvernement soviétique en Transcaucasie. Pour les musulmans, mars
1918 marque un tournant. Ils rejettent la nouvelle autorité
installée à Bakou et rompent avec les bolcheviks, plaçant
désormais leurs espoirs dans les armées ottomanes qui apparaissent
comme de futurs libérateurs.
La
responsabilité de la prise de Bakou est confiée au général
ottoman Nouri
Pacha qui le 4 mai arrive à Tabriz pour organiser l’armée
islamique du Caucase. Une partie de l’armée ottomane, environ
12 000 hommes,
progresse sur l’axe Ulukhanli-Qazax
puis se dirige en direction de Gandja qui est occupé le 25 mai par
la 5e
division caucasienne du commandant Mürsel
Pacha. Plus au sud, les troupes ottomanes progressent à partir de
Tabriz et Djoulfa en direction du nord et de l’est.
A
Bakou, le Soviet se mobilise pour résister à la progression
ottomane. À
la fin mai 1918, la Commune de Bakou dispose de 19 bataillons
d’infanterie représentant environ 15 000 hommes, une centaine de
cavaliers, trois canons de montagnes et 4 mortiers. L’essentiel
de ces troupes ainsi que du commandement est composé d’Arméniens
issus le plus souvent des Dachnaks à l’exemple du commandant
Hamazasp.
Le
6 juin, le commissaire du peuple à la Guerre, Grigory Korganov donne
l’ordre d’attaquer Gandja. Avançant le long de la voie ferrée
du Transcaucasien, les forces rouges prennent Kurdamir le 12 juin
puis Karamaryan. Sur
leur passage les musulmans sont victimes de massacres de la part des
troupes arméniennes ce qui accroît la colère contre le régime
soviétique. Du
16 au 18 juin, de violents combats ont lieu autour de Karamaryan et
finalement l’armée islamique du Caucase est repoussée avec de
lourdes pertes. Surpris, le commandement turc fait venir 15 000 en
renfort à Gandja. Au
cours de la bataille de Göyçay, du 27 juin au 1er
juillet, l’armée islamique inflige une défaite aux troupes rouges
qui se replient sur Karamaryan avant d’abandonner Agsu le 2 juillet
puis Kurdamir le 10 et Kerar le 14. Épuisés, menacés de
débordements sur leurs flancs, les rouges reculent le long de la
Transcaucasienne tandis que les forces ottomanes ne cessent de se
rapprocher de Bakou.
Moscou
veut sauver la
ville
dont le pétrole doit continuer à approvisionner la Russie
soviétique et permettre ainsi la survie du nouveau régime. Des
négociations sont donc
entamées avec l’Allemagne dans l’espoir
qu’elle intervienne pour faire
cesser l’offensive de son allié turc en échange de livraison de
pétrole. À
la fin août, un nouvel accord germano-soviétique semble sur le
point de sauver Bakou. Le 27, la Russie soviétique annonce qu’elle
ne s’oppose pas à la reconnaissance par le Reich de l’indépendance
de la Géorgie et qu’elle est prête à lui livrer un quart du
pétrole extrait à Bakou. En contrepartie, l’Allemagne s’engage
à refuser de soutenir toute opération militaire d’une puissance
tierce dans les régions situées au-delà de la Géorgie ainsi
qu’une occupation de la région de Bakou.
Si
cet
accord représente un sérieux revers pour les Ottomans, sur le
terrain les forces allemandes n’ont pas la capacité de s’opposer
aux Turcs d’autant que le Reich retire ses troupes pour les envoyer
en France où sa situation militaire est critique. À ce moment-là,
les Ottomans ne sont qu’à 60 kilomètres de Bakou. Les 5e,
15e
et 36e
divisions reçoivent l’ordre de s’emparer de la ville. Les
Allemands ne s’y opposent pas
et certains chefs militaires recommandent même la participation
d’unités allemandes afin de sauvegarder les intérêts du Reich
dans la région. Finalement,
suite
à un accord conclu avec les Ottomans, les Allemands se retirent au
nord de la rivière Kamenka tandis que von Kressenstein conseille au
gouvernement géorgien de laisser les Turcs emprunter les routes qui
traversent le sud de la Géorgie.
L’improbable
alliance soviéto-britannique.
Pendant
ce temps, les Britanniques cherchent depuis le début de l’année
1918 à atteindre
le Caucase pour établir des contacts avec les éléments pro-alliés.
Cette mission est confiée au général Lionel C. Dunsterville, un
ami de Rudyard Kipling,
nommé, en janvier 1918, chef de la mission britannique au Caucase.
Son
principal objectif
est alors
de contrecarrer
les visées pan-turques
de Constantinople
sur
le Caucase.
Dunsterville peut s’appuyer
sur place sur les officiers de renseignements britanniques membres de
la petite mission militaire rattachée au quartier général de
l’armée russe du Caucase et qui, après la Révolution, sont
restés sur place pour essayer de persuader les Russes de continuer à
résister aux Ottomans. En 1918, ces officiers se trouvent à Tiflis
au sein de l’agence militaire du Caucase sous les ordres du colonel
Pike. En février, arrive à Bakou le major Goldsmith qui rejoint
ensuite Tiflis où il est chargé d’entrer en contact avec les
groupes locaux, y compris les bolcheviks, et d’établir une liaison
efficace avec les troupes britanniques stationnées dans le nord de
la Perse.
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Les Ottomans dans le Caucase |
Durant l’été 1918, les
bolcheviks de Bakou et les Britanniques stationnés au nord de la
Perse se trouvent sous la menace directe de l’avancée de l’armée
ottomane. Une fois cette dernière installée à Bakou, il deviendra
plus difficile d’empêcher sa progression vers l’est, en Perse et
en Transcaspienne. Il lui suffira en effet de franchir la Caspienne
pour atteindre Krasnovodsk et la steppe turkmène avant d’atteindre
le Turkestan. Britanniques et bolcheviks partagent donc un objectif
commun : empêcher les Ottomans de s’emparer de Bakou. La
possibilité d’une alliance de circonstance s’esquisse. Déjà, à
la fin février 1918, Goldsmith a obtenu l’accord de Chaoumian pour
faire transiter par Bakou en direction de Tiflis, 40 officiers et 50
soldats britanniques accompagnés de quatre véhicules.
Le 22 mai 1918, Dunsterville
demande au général Marshall, commandant de l’armée britannique
en Mésopotamie, la permission de rassembler un corps expéditionnaire
afin de défendre Bakou contre les Ottomans. Le 24, Marshall fait
savoir au War Office que Dunsterville est prêt à intervenir dans le
délai d’une semaine. Londres est réticente à autoriser une telle
coopération avec les bolcheviks. Le 27 mai, le War Office répond
donc à Marshall qu’il interdit à Dunsterville de se rendre dans
le Caucase. Ce dernier insiste néanmoins en avançant qu’il n’est
pas possible de laisser l’ennemi s’emparer des puits de pétrole
de Bakou mais Londres reste inflexible et répète l’ordre de ne
pas envoyer de troupes. Si le Premier ministre, Lloyd George, refuse
toute coopération avec les bolcheviks c’est parce qu’il est
persuadé que les Ottomans sont un danger moindre pour les intérêts
britanniques en Orient que celui que représentent les Soviétiques.
La position de Moscou est
étrangement similaire à celle de Londres. Le pouvoir bolchevik
préfère abandonner Bakou aux Ottomans plutôt qu’aux
impérialistes britanniques jugés plus dangereux. Il demande donc
aux bolcheviks de Bakou de ne pas solliciter l’aide anglaise pour
défendre la ville. Malgré cette unanimité entre Londres et Moscou,
sur le terrain une coopération se met en place. Les bolcheviks
travaillent en effet avec l’agence militaire du Caucase pour
surveiller l’avance allemande et turque dans le nord de la région
tandis que la route militaire géorgienne et la gare de Vladikavkaz
sont contrôlées par des patrouilles composées de Britanniques et
de bolcheviks. Les Anglais échangent également avec les bolcheviks
des véhicules Ford contre du carburant et Chaoumian rencontre à
plusieurs reprises le vice-consul britannique à Bakou avec qui il
envisage de faire appel aux troupes de Sa Majesté pour défendre la
ville.
Afin de ne pas désobéir au War
Office, Dunsterville envoie à Bakou le général Lazar Bicherakhov
et ses 1 800 cosaques du Terek. Cet ancien officier du tsar, qui a
organisé une petite troupe en Perse au service des Britanniques,
propose au Soviet de Bakou de mettre ses forces à sa disposition ce
qui est accepté par le Conseil des commissaires du peuple de la
ville qui connaît pourtant ses liens étroits avec les Anglais et
ses penchants antibolcheviks. Bicherakhov et son régiment,
accompagné de quelques officiers britanniques, de deux trains
blindés, d’artillerie et de véhicules blindés arrivent à Alyat
un port à 60 kilomètres au sud de Bakou le 5 juillet avant de
rejoindre le front pour participer à la bataille de Kurdamir.
Bicherakhov reçoit alors le commandement de l’aile droite du front
rouge, le centre et la gauche restant sous les ordres de Korganov.
Le 16 juillet, les Dachnaks
alliés au SR, propose au Soviet de Bakou de demander l’aide
britannique. Malgré le rejet de cette proposition par la majorité,
Chaoumian interroge néanmoins Moscou. Lénine reste inflexible, il
estime toujours qu’une fois à Bakou, les Anglais seront beaucoup
plus difficiles à en chasser que les Ottomans.
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Le général Dunsterville |
Les bolcheviks perdent Bakou.
À la fin juillet, le risque
d’une prise de Bakou par les armées turques, sur fond de pénurie
alimentaire de plus en plus aiguë, se précise. L’arrivée de
nouvelles divisions du front occidental renforce les capacités de
l’armée ottomane. Chaoumian insiste auprès de Moscou afin de
recevoir des renforts et permettre de sauver la situation. Engagé
sur de multiples fronts, le gouvernement soviétique parvient à
faire parvenir à Bakou le 19 juillet, en provenance de Tsaritsyne,
un escadron de cavalerie, un bataillon de marins, un escadron de
reconnaissance et une batterie d’artillerie qui sont confiés à
Grigory Petrov commissaire militaire de la région de Bakou.
Le 20 juillet, l’armée
islamique du Caucase s’empare de Samaxi et le 25 juillet, les
Ottomans occupent le port d’Alyat. Fin juillet, ils ne sont plus
qu’à une quinzaine de kilomètres de Bakou. Découragés, environ
3 000 soldats arméniens refusent alors de monter au front obligeant
le commandant des forces rouges à Bakou, Avetisov, à demander au
Soviet d’entamer des négociations avec les Ottomans. Au Soviet de
Bakou, les SR, mencheviks et Dachnaks proposent à nouveau, le 25
juillet, de faire appel aux Britanniques. Malgré l’opposition de
Chaoumian, la proposition est adoptée à une faible majorité.
Le 27 juillet, Chaoumian écrit
à Lénine pour lui faire part de la situation et demander des
renforts d’urgence afin de pouvoir maintenir Bakou sous contrôle
soviétique. Les bolcheviks reçoivent d’Astrakhan des armes et des
munitions dont 3 véhicules blindés, 80 canons et 160 mitrailleuses
mais le front commence à s’effondrer. Le 29, les troupes rouges
battent en retraite vers Bilajari aux portes de Bakou tandis que les
troupes de Bicherakhov doivent se replier sur Derbent et Petrovsk au
Daghestan.
Le 31, les bolcheviks rompent
leur alliance avec les Dachnaks, les SR et les mencheviks. Le Conseil
des commissaires du peuple de Bakou annonce sa démission et décide
d’évacuer les militaires et les autorités civiles vers la Russie
soviétique. Les dirigeants bolcheviks et une partie des troupes
s’embarquent le soir même en direction d’Astrakhan mais le
navire est détourné sur Achgabat au Turkménistan où les
bolcheviks sont remis au comité, composé de SR et de mencheviks
alliés aux Britanniques, qui contrôle la région. Le 20 septembre,
26 commissaires bolcheviks sont fusillés sur ordre du comité dont
Chaoumian, Korganov et Petrov. A Bakou, dès le lendemain du départ
des bolcheviks, le pouvoir passe aux mains d’un Directoire de la
Caspienne centrale, une coalition dominée par les SR et composée de
Russes et d’Arméniens. Le général Jacob Bagratouni devient
ministre de la Guerre et le commandement des troupes est confié au
général Dokoutchaev.
La
situation militaire reste désespérée
pour les défenseurs de Bakou qui, démoralisés, continuent à
battre en retraite. Alors que le colonel Avetisov, chef d’état-major,
demande que la ville se rende, un avis partagé par le Conseil
national arménien, le
Directoire sollicite
officiellement un soutien britannique pour protéger Bakou.
À la suite de cette demande,
Dunsterville parvient à persuader Londres de la possibilité
d’empêcher la prise de Bakou par les Ottomans grâce à
l’intervention d’une petite armée britannique. Il reçoit la
permission d’envoyer deux bataillons avec de l’artillerie et des
véhicules blindés.
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Soldats britanniques à Bakou |
L’arrivée
des Britanniques.
Depuis son arrivée à Bagdad en
janvier 1918, Dunstervillle rassemble des troupes où se retrouvent
principalement des combattants venus des Dominions, Canadiens,
Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains mais également des
Indiens. À la mi-février, une partie de ses troupes, qui a pris le
nom de Force Dunsterville, part de Bagdad en direction d’Anzali. Le
parcours ne se fait pas dans des conditions faciles, le nord de la
Perse est alors le théâtre où opèrent les Jangalis, groupes de
révolutionnaires perses commandés par Mirza Kuchik Khan, qui
harcèlent les Britanniques. Arrivée à Anzali sur la Caspienne, la
Force Dunsterville est stoppée par le Soviet de la ville qui refuse
de la laisser embarquer pour rejoindre le Caucase. Les Britanniques
sont alors obligés de trouver asile à Hamadan et enfin à Qazvin.
Début août 1918, lorsqu’il
reçoit l’autorisation du War Office pour se rendre à Bakou,
Dunsterville envoie de nouveau ses hommes à Anzali où ils
réussissent cette fois-ci à monter sur des navires en direction du
Caucase. Les effectifs sont faibles, environ un millier d’hommes,
quelques automitrailleuses Austin et deux avions Martinsyde G 100. Le
4 août, un premier bataillon du 4e régiment d’infanterie
de l’Hampshire arrive à Bakou sous les ordres du colonel Stokes.
Deux jours plus tard, débarquent des unités du 7e
régiment du North Staffordshire sous la direction du colonel
Keyworth chargé d’organiser la défense de la ville. Le 17 août,
Dunsterville en personne et le gros des forces britanniques engagées,
des troupes du 9e régiment du Warwickshire et du 9e
régiment du Worcestershire, posent le pied à Bakou en provenance
d’Anzali.
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La Force Dunsterville s'installe à Bakou |
Dunsterville, conscient que ces
troupes, dont l’effectif est trop faible, ne sont pas en mesure de
contraindre les Ottomans à reculer à moins de recevoir un soutien
militaire important qui semble peu probable. L’armée britannique
doit tenir d’autres fronts et la distance avec Bagdad, en l’absence
d’un réseau ferré important, rend l’approvisionnement des
troupes très difficiles. Il estime néanmoins que la présence de
ses hommes peut aider à remonter le moral des défenseurs de la
ville. Pour cela, il fait, par exemple défiler une de ses compagnies
dans la ville, n’hésitant pas à lui faire traverser plusieurs
fois la même rue afin de faire croire à une présence britannique
plus importante. Dans le même temps, Dunsterville ne peut que
constater le manque d’efficacité des troupes locales où règne
l’absence de discipline. Les Britanniques rassemblent néanmoins
les dépôts d’armes et de munitions et organisent une armée de 10
000 hommes qui comprend 7 000 Arméniens et 3 000 Russes.
Bakou se trouve sur la rive sud
d’une étroite bande de terre qui s’avance dans la Caspienne. À
l’est de la ville se trouve une série de falaises dominées par la
voie de chemin de fer qui se glisse vers l’ouest en direction des
champs de pétrole au nord-ouest de Bakou puis encercle la ville pour
rejoindre la zone portuaire. Au-delà de ces falaises se trouvent une
succession de crêtes qui forment les sommets de la péninsule où se
trouvent des lacs salés et des marais. C’est sur ces terrains
élevés que Dunsterville décide de concentrer la défense de Bakou,
notamment près du Volcan de boue.
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Automitrailleuse britannique |
La prise de Bakou.
Le 5 août, l’étau se
resserre sur la ville de Bakou où la panique commence à
s’installer. Il ne reste plus que 3 000 défenseurs locaux, mais ce
jour-là, un détachement, soutenu par de l’artillerie, lance une
contre-attaque et parvient à chasser les Ottomans de leurs
positions. Les 15 et 16 août des combats ont lieu à Bibiheybat,
Badamdar et à
la Porte
au
Loup.
Le
25, un
millier de
soldats de l’armée islamique du Caucase attaque les positions
britanniques
au
Volcan de boue. Ils sont
repoussés à quatre reprises
avant que les hommes
de Dunsterville, sans soutien des forces arméniennes,
soient obligés de se replier après
avoir perdu tous leurs officiers et 80 soldats.
Cette
position clef pour la défense est définitivement aux mains des
Turcs dans l’après-midi.
Le même jour, les troupes ottomanes
stationnées à Novkany, au
nord de la péninsule,
attaquent les hauteurs à l’est de Binagadi. Venant de Digah, les
Britanniques trouvent les positions abandonnées par les Arméniens,
mais
ils parviennent néanmoins à repousser l’assaut turc à
l’aide de leurs mitrailleuses Lewis.
La
nouvelle ligne de défense qui
s’organise après l’attaque du 25
ne satisfait pas Dunsterville, d’autant que les Turcs, désormais
maîtres des hauteurs, peuvent bombarder la ville.
Le
31 août,
les soldats de Mürsel Pacha attaquent
à nouveau
la colline de Binagadi. L’offensive
ottomane est violente, obligeant les Britanniques à battre
en retraite
sur une position de secours alors que sur leur droite les Arméniens
sont repoussés. Les soldats de Dunsterville sont finalement
contraints
de se replier
au milieu des puits de pétrole pour s’installer sur de nouvelles
positions prés de Baladjari.
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La prise de Bakou |
Dunsterville est maintenant
convaincu que la poursuite de la défense de Bakou est vaine. Le War
Office qui a été tenu au courant de la situation lui suggère
d’abandonner la ville en détruisant la raffinerie de pétrole. A
Bakou, le Directoire s’insurge contre le possible départ des
Britanniques et menace même d’ouvrir le feu sur leurs navires.
Pendant ce temps, les Ottomans préparent l’assaut final. Le coup
principal est porté par la 5e division caucasienne qui
comprend les 9e, 10e, 13e régiment
d’infanterie caucasienne, le 56e régiment d’infanterie
et un régiment d’artillerie. Le 38e régiment
d’infanterie, le 106e régiment d’infanterie caucasien
et un groupe d’artillerie forment la 15e division sous
les ordres du colonel Suleiman Isset Bey. Le groupe sud, commandé
par le colonel Djamil Djakhid Bey, comprend le 4e régiment
d’infanterie et environ 300 cavaliers. Le commandement ottoman
concentre ainsi aux approches de Bakou environ 10 000 hommes et 40
canons.
Quelques jours plus tard, des
déserteurs arabes de la 10e division de l’armée
ottomane avertissent que l’attaque sur Bakou est prévue pour le 14
septembre. Les Britanniques se positionnent mais, sans connaître
dans quelle direction aura lieu l’offensive ennemie, ils dispersent
leurs forces qui sont néanmoins renforcées par 500 cosaques de
Bicherakov arrivés la veille à Bakou. Le mauvais temps empêche en
outre la petite aviation de Dunsterville d’effectuer des
reconnaissances pour connaître les lieux de concentration de
l’ennemi.
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L'artillerie ottomane bombarde Bakou |
À l’aube du 14, l’artillerie
turque pilonne les positions défensives sur l’ensemble du front.
Huit à dix bataillons ottomans passent à l’offensive, traversent
la voie ferrée au sud de Khoja Hasan, bousculent les cosaques de
Bicherakov, franchissent la Porte au Loup et atteignent finalement
les falaises qui surplombent Bakou. Les Britanniques tentent de les
arrêter mais sans succès. Voyant sa dernière ligne de défense
franchie, Dunsterville décide que toute résistance est désormais
inutile et donne l’ordre de faire rembarquer les troupes. Profitant
de la nuit, les Britanniques montent à bord des navires qui prennent
rapidement la mer. Le Directoire mettant ses menaces à exécution
fait tirer sur les navires anglais qui parviennent néanmoins à
s’échapper sans dommage. C’est désormais aux membres du
Directoire de fuir la ville prise d’assaut.
Le 15 septembre, les unités de
l’armée islamique du Caucase occupent entièrement Bakou où elles
capturent 36 officiers et 1 650 soldats dont 4 Britanniques.
Dunsterville a perdu 180 hommes, morts, blessés ou disparus pendant
la défense de Bakou tandis que les pertes turques s’élèvent à
environ 2 000 victimes. La ville passe alors sous le contrôle du
gouvernement de la République d’Azerbaïdjan qui y installe sa
capitale dès le 19 septembre. La division de Dunsterville est
dissoute le 22 septembre et ses soldats rejoignent les unités
dispersées dans le nord de la Perse. Dunsterville est quant à lui
envoyé en Inde.
L’occupation de Bakou par les
Ottomans est un coup sévère porté aussi bien aux Britanniques
qu’aux bolcheviks. Le contrôle turc sur cette région stratégique
ouvre les ressources pétrolières de Bakou à l’exploitation par
les Empires centraux et menace également les positions britanniques
en Orient. Pour les bolcheviks, la chute de Bakou signifie la perte
de leur seule base de pouvoir dans le Caucase tout en augmentant le
risque d’une campagne musulmane antibolchevik en Asie centrale.
Il existe, de mai à septembre
1918, une véritable convergence d’intérêts entre les
Britanniques et les Soviétiques concernant le Caucase qui, sur le
terrain, conduit à des rapprochements. Mais pour Moscou, les
Britanniques ne cherchent dans cette région qu’à renforcer le
front antibolchevik et à terme anéantir le régime socialiste en
Russie tandis que Londres considère les événements du Caucase
selon les règles du « Grand Jeu », cette concurrence
impérialiste née au 19e siècle et dont l’enjeu est le
contrôle de l’Asie centrale. Dans la situation mouvante et confuse
du Caucase de cette époque et en l’absence de toute coordination
entre Soviétiques et Britanniques, la région de Bakou ne peut
échapper à une prise de contrôle par les Ottomans.
Le succès turc est de courte
durée. L’armée ottomane est rapidement contrainte de quitter la
région, conformément aux termes de l’armistice de Moudros signée
le 30 octobre 1918, reconnaissant la défaite de Constantinople dans
la Première Guerre mondiale. Le 17 septembre, les troupes
britanniques occupent la ville qu’ils ne quittent qu’en août
1919 après la reconnaissance du gouvernement azerbaïdjanais par
Londres.
À la mi-avril 1920, bousculant
les restes de l’armée blanche de Denikine, la 11e armée
rouge atteint la frontière nord de l’Azerbaïdjan. Le 28 avril,
elle entre, sans rencontrer de résistance, dans Bakou qui devient,
jusqu’en 1991, la capitale de la République socialiste soviétique
d’Azerbaïdjan.
Bibliographie :
En
anglais :
-Firuz
Kazemeadeh,
The struggle
for Transcaucasia, 1917-1921,
Philosophical Library,
1951.
-C.
H. Ellis, The
Transcaspian Episode, 1918-1919,
Hutchinson and Company Ltd, 1963.
-Leslie, Missen,
Dunsterforce.
Marshall Cavendish Illustrated Encyclopedia of World War I,
Marshall Cavendish Corporation, 1984.
-Bülent
Gökay. ‘The Battle for Baku (May-September 1918): A Peculiar
Episode in the History of the Caucasus’, Middle
Eastern Studies, Vol.
34, N°
1, janvier 1998.
En
russe :
-Волхонский М, Муханов
В, По следам
Азербайджанской Демократической
Республики, Европа,
2007.
-Безугольный
А. Ю, Генерал
Бичерахов и его Кавказская армия.
Неизвестные страницы истории Гражданской
войны и интервенции на Кавказе. 1917—1919,
Центрполиграф,
2011.
-Михайлов
В. В, « К вопросу
о политической
ситуации
в Закавказье
на заключительном
этапе первой мировой войны »,
Вестник
Санкт-Петербургского университета,
Сер. 2, вып. 4, 2006.
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