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vendredi 1 août 2014

L'armée impériale russe pendant la Grande Guerre (1914-1917)


Le billet a été mis à jour.


Le front de l'est est un des grands oubliés1 de l'histoire militaire, et en particulier française. Je ne parle pas du conflit germano-soviétique, de 1941 à 1945, mais bien du front de l'est de la Première Guerre mondiale, où se font face Allemands et Austro-Hongrois d'un côté, et Russes de l'autre, pour l'essentiel. Alors que la commémoration du centenaire voit fleurir les ouvrages et articles en français consacrés au front de l'ouest, vu et disséqué sous tous les angles ou presque, ceux qui parlent du front de l'est sont rarissimes, voire inexistants. Dans l'opinion commune, l'armée impériale russe reste un « rouleau compresseur » mis en échec dès le mois d'août 1914 à Tannenberg, ravagé par l'alcoolisme, la désobéissance et la désertion, et qui s'effondre comme un château de cartes en 1917. Cette vision datée se base souvent sur la lecture d'ouvrages dépassés qui font encore autorité aujourd'hui. Or, l'armée impériale russe, pendant la Première Guerre mondiale, est loin d'être ce colosse aux pieds d'argile que l'on se plaît et complait à peindre encore et toujours. En réalité, les problèmes qu'elle rencontre sont loin de lui être exclusifs, par rapport aux autres pays engagés dans le conflit. Les buts de guerre et les objectifs stratégiques ne font pas l'objet de dissensions. L'armée a reçu les moyens nécessaires, et la Russie a été capable de mettre en marche son économie de guerre. La structure stratégique et opérative est appropriée et la structure opérative-tactique de l'armée russe correspond à la doctrine d'avant-guerre. Ces avantages sont éclipsés en 1914-1915 par plusieurs facteurs. Si ceux-ci sont résolus en 1917, la Russie n'a pas réussi à surmonter en revanche le problème des effectifs. C'est parce que ces problèmes se combinent avec l'opposition politique et les contraintes économiques sur la population qu'a lieu la révolution de février 1917, alors que paradoxalement l'armée russe a fait preuve d'une grande faculté d'adaptation à partir de 19152. Partons à la découverte d'une armée dissoute dans la tourmente des révolutions de 1917, qui n'avait pas été vaincue militairement jusqu'à cet événement déterminant, mais qui, par le discours des bolcheviks qui lui ont succédé, parfois des récits des émigrés « blancs » pourtant issus de cette même armée tsariste, et d'une historiographie occidentale qui peine parfois à sortir de son « pré carré », reste encore largement dans l'ombre.

Stéphane Mantoux.

dimanche 20 octobre 2013

La Russie révolutionnaire en guerre, l'offensive de juillet 1917.

Au milieu de 1917 l'armée russe est à la croisée des chemins. En mars1 les soldats de la garnison de Petrograd ont refusé d'obéir aux ordres de leurs supérieurs et se sont mutinés accélérant la chute du régime tsariste. L'armée entame alors sa troisième année de guerre dans l'incertitude au milieu d'un pays en crise où l'ensemble de la société se divise entre partisans de la poursuite du conflit contre les Empires centraux et ceux qui demandent la paix.

C'est dans une situation de crise morale, mais aussi politique, économique, sociale et militaire qu'en mai 1917 le socialiste modéré Alexandre Kerensky devient ministre de la Guerre dans le gouvernement provisoire. C'est un partisan de la poursuite de la guerre au nom de la parole donnée aux alliés britanniques, français et, depuis avril, américains, mais également au nom d'une Révolution russe qui doit, selon lui, s'inspirer de l'exemple français pour redresser le pays et former une armée révolutionnaire comme en l'an II. La chute du tsarisme permet en effet à l'Entente d’apparaître dorénavant comme le camp de la démocratie contre des Empires autocratiques. La guerre n'est plus celle du tsar mais celle du peuple et de la démocratie russe pour libérer le territoire occupé par l'ennemi.

C'est dans ce contexte que Kerensky se décide à organiser une grande offensive. Sa réussite doit ranimer l'ardeur guerrière russe, unir la nation, renforcer la jeune démocratie et rassurer les Alliés occidentaux. Et pourquoi pas amener la fin du conflit alors que sur le front occidental, le nouveau généralissime français, Robert Nivelle, prépare une offensive qu'il espère décisive. Mais dans la situation de la Russie à l'été 1917, cette offensive est bien plus qu'une simple opération militaire. De son résultat dépend la survie de l'État et de la société russe, l'avenir de l'armée et de la Révolution démocratique de Février.

David FRANCOIS