« Si
ils [le commandement
militaire japonais] avaient étudié nos nombreuses
opérations offensives sur le front occidental, ils auraient pu
apprendre la simple vérité : quand l'Armée Rouge attaque,
elle frappe un coup mortel. » . C'est ainsi que le maréchal
de l'artillerie soviétique Kazakov, dans ses mémoires parues en
1973, résume le sens de la victoire de l'Armée Rouge en
Mandchourie, contre le Japon, en août 1945. Le « modèle
mandchourien » de l'Armée Rouge est une approche
particulière, durant la guerre froide, de la dernière campagne
soviétique de grande envergure pendant la Seconde Guerre mondiale,
contre l'armée japonaise du Kwantung. Le choix de ce modèle
mandchourien par l'Armée Rouge à l'ère de la guerre nucléaire est
dicté par celui de l'offensive. C'est une acception délibérée de
l'offensive, au sein d'une guerre moderne. C'est aussi une
idéalisation de la campagne de 1945 qui connaît un certain soutien
institutionnel et une grande publicité dans le milieu militaire
soviétique à partir de 1960. Elle réside dans la volonté de
conduire des offensives stratégiques, reposant sur la combinaison
des armes, et permettant d'emporter la décision dans la phase
initiale des hostilités. Ce modèle mandchourien est avancé, en
particulier, après la chute de Khrouchtchev en 1964, au moment où
les forces soviétiques révisent leur doctrine stratégique et se
tiennent prêtes pour une offensive qui n'est pas seulement limitée
au cas d'un conflit frontalier avec la Chine. Il va contribuer à une
certaine restructuration des forces conventionnelles de l'Armée
Rouge, et sans doute porter à son pinacle l'efficacité de cet
appareil militaire, au tournant des années 1970 et 1980, au risque
de déclencher un conflit généralisé avec les Etats-Unis et leurs
alliés.
Stéphane Mantoux.