En
avril 1945 quand le monde apprend la mort du président des
États-Unis Franklin Delano Roosevelt, les dirigeants nazis enfermés
à Berlin, et Hitler en particulier, se prennent à espérer que les
alliés anglo-saxons vont faire la paix avec le Reich et pourquoi pas
soutenir la Wehrmacht contre l'Armée rouge. Pour beaucoup, cette
croyance en un retournement des alliances, est un signe
supplémentaire de la folie et de la perte du sens de la réalité
d'un IIIe Reich à l'agonie. Pourtant Staline croit, jusqu'à la
capitulation allemande, en cette possibilité.
Si la
paranoïa stalinienne est démentie par les faits, le 8 mai 1945,
alors que les peuples du monde se réjouissent de la fin de la guerre
en Europe et de l’écrasement du nazisme, l'un des principaux
artisans de cette victoire est inquiet. Le Premier ministre
britannique, Winston Churchill, envisage en effet une nouvelle guerre
où les Alliés occidentaux s'opposeraient désormais aux
Soviétiques. La méfiance du maître du Kremlin n'est donc pas sans
fondement et surtout elle ne relève pas totalement d'une maladie
mentale propre aux dictateurs.
Churchill
est persuadé que Staline ne tiendra pas les engagements pris à
Yalta et les informations qu’il reçoit lui confirment que les
Soviétiques installent leur pouvoir en Europe orientale,
notamment en Pologne. Il estime alors que seule une épreuve
de force peut faire reculer le Kremlin. Il demande donc à ses
généraux d'établir un plan d'attaque contre son allié soviétique
et fixe comme jour J le 1er juillet 1945. L'opération Unthinkable,
tel est le nom de ce projet, est bien le premier plan stratégique
d'une guerre froide qui s'annonce et la preuve que dès le printemps
1945 les anciens alliés se préparent à une Troisième Guerre
mondiale.
David FRANCOIS